"C’est alors que la voix de la conscience reprendra sa force & son empire, c’est alors que la volupté pure qui naît du contentement de soi-même, & le regret amer de s’être avili, distingueront par des sentiments inépuisables le sort que chacun se sera préparé."

— Rousseau, Jean-Jacques (1712-1778)


Date
1762
Metaphor
"C’est alors que la voix de la conscience reprendra sa force & son empire, c’est alors que la volupté pure qui naît du contentement de soi-même, & le regret amer de s’être avili, distingueront par des sentiments inépuisables le sort que chacun se sera préparé."
Metaphor in Context
Je sens mon âme, je la connois par le sentiment & par la pensée, je sais qu’elle est, sans savoir quelle est son essence; je ne pu, raisonner sur des idées que je n’ai pas. Ce que je sais bien, c’est que l’identité du moi ne se prolonge que par la mémoire, et que, pour être le même en effet, il faut que je me souvienne d’avoir été. Or, je ne saurois me rappeler, après ma mort, ce que ai été durant ma vie, que je ne me rappelle aussi ce que j’ai senti, par conséquent ce que j’ai fait; & je ne doute point que ce souvenir ne fasse un jour la félicité des bons & le tourment des méchants. Ici-bas, mille passions ardentes absorbent le sentiment interne, & donnent le change aux remords. Les humiliations, les disgrâces qu’attire l’exercice des vertus, empêchent d’en sentir tous les charmes. Mais quand délivrés des illusions que nous font le corps & les sens, nous jouirons de la contemplation de l’Être suprême & des vérités éternelles dont il est la source, quand la beauté de l’ordre frappera toutes les puissances de notre âme, & que nous serons uniquement occupés à comparer ce que nous avons fait avec ce que nous avons dû faire, C’est alors que la voix de la conscience reprendra sa force & son empire, c’est alors que la volupté pure qui naît du contentement de soi-même, & le regret amer de s’être avili, distingueront par des sentiments inépuisables le sort que chacun se sera préparé. Ne me [48] demandez point, ô mon bon ami, s’il y aura d’autres sources de bonheur & de peines; je l’ignore; & c’est assez de celles que j’imagine pour me consoler de cette vie, & m’en faire espérer une autre je ne dis point que les bons seront récompensés; car quel autre bien peut attendre un être excellent que d’exister selon sa nature? Mais je dis qu’ils seront heureux, parce que leur auteur, l’auteur de toute justice, les ayant faits sensibles, ne les a pas faits pour souffrir; et que, n’ayant point abusé de leur liberté sur la terre, ils n’ont pas trompé leur destination par leur faute: ils ont souffert pourtant dans cette vie, ils seront donc dédommagés dans une autre. Ce sentiment est moins fondé sur le mérite de l’homme que sur la notion de bonté qui me semble inséparable de l’essence divine. je ne fais que supposer les lois de l’ordre observées, & Dieu constant à lui-même
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Citation
Over 20 entries in ESTC (1762, 1763, 1765, 1767, 1768, 1773, 1774, 1779, 1780, 1781, 1783, 1785, 1799).

See William Kenrick's translation: Emilius and Sophia: or, a New System of Education. Translated from the French of J. J. Rousseau, Citizen of Geneva. By the translator of Eloisa, 2 vols. (London: Printed for R. Griffiths, 1762). <Link to ECCO>

Reading in Jean-Jacques Rousseau. Émile, trans. Barbara Foxley (London: J.M. Dent, 1993).

French text from Jean-Jacques Rousseau, Collection complète des œuvres, 17 vols (Genève, 1780–1788). <Rousseau Online>
Date of Entry
08/14/2013

The Mind is a Metaphor is authored by Brad Pasanek, Assistant Professor of English, University of Virginia.